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L'arbre à clous
Moi, l’arbre à clous, vieux de cinq cents longues années,
je m’enracine, tout perclus, à l’orée d’un
bois très ancien que les machines agricoles ont grignoté
peu à peu. Si bien qu’il se réduit maintenant
à un îlot dont les champs seraient la mer.
Ces engins ont effacé le trajet de l’antique servitude
menant vers le muguet, les jacinthes bleues et vers moi, le châtaigner
et mes fruits que nul ne ramasse jamais puisqu’ils sont maudits.
Pourtant, le chemin n’est pas perdu. J’aurais pu croire
que, seuls, les vieux s’en souviendraient. Je me trompais ;
des jeunes adultes et même des enfants viennent me visiter.
Ce qui a changé, c’est ce qu’on m’apporte
et ce qu’on me demande.
On n’accroche plus à mon écorce, pansements sanguinolents,
bandages raides de pus ni ex-voto de béquilles brisées.
On n’attend plus de moi que je guérisse de la vérole,
que j’épargne les troupeaux de la maladie ni que je lève
un mauvais sort.
Les clous sont plus légers aussi. S’y suspendent des
bulletins de loto vierges, des billets de jeux à gratter périmés,
des condoms, des lettres d’amour, un PV et que sais-je encore…
A chaque fois, je suis surpris.
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